lundi 22 juillet 2013

Brétigny-sur-Orge : déraillement de l'information ?

Quand rumeurs et démentis s'affrontent...

Les faits 
Le 12 juillet 2013, le déraillement du train Paris – Limoges à Brétigny sur Orge provoque  6 morts et une douzaine de blessés graves.
D’importants moyens de secours et des renforts de police (dont des compagnies de CRS) ont été mobilisés.

La rumeur : alimentée le jour même de la catastrophe par le syndicat de police Alliance (marqué à droite) qui prétend que la catastrophe aurait été accompagnée de scènes de pillages des victimes (y compris de cadavres) et de caillassages des moyens de secours et de police dépéchés sur place. Le soir même de la catastrophe, une représentante du syndicat Alliance déclare sur Europe 1 «A 17h30, alors que nos collègues interviennent, ils voient un groupe de jeunes […] présents pour dépouiller les victimes et notamment les premiers cadavres.»
Scènes évidemment ignobles …si elles sont confirmées.
D’autres réactions et « révélations » vont venir conforter cette rumeur. Un autre syndicat, l’UNSA-Police, plutôt marqué à gauche cette fois, livre des informations dans ce sens, via notamment un de ses porte parole présent sur les lieux « Il y avait des gens qui étaient en train de perdre leur bras et leur jambe et d’autres qui sont venus leur voler leur montre ou leur portable ».
Le jeudi 18 juillet un article de l’hebdomadaire Le Point cite à l’appui un rapport interne de la Direction Centrale des CRS (DCCRS) qui évoque des « jets de projectiles » et des « vols d’effets appartenant aux victimes ». 
Le 19 juillet, de nouveaux éléments tendent à accréditer la thèse de vols, voire de quelques caillassages : plusieurs plaintes sont déposées par des victimes pour vols, des SMS éloquents auraient été découverts par la police sur des portables de jeunes interpellés(« t’as trouvé quoi dans les bagages ? » dirait l’un d’eux).
La rumeur alimente évidemment les commentaires les plus critiques d’autant plus que les autorités nient ces faits.
L’affaire prend donc une dimension tout autre, car pour les tenants de la rumeur, la dénégation des faits par les plus hautes autorités apparait d’une gravité morale supérieure, sans commune mesure avec des comportements de délinquance, si odieux soient-ils.
On glisse du fait divers à la crise morale. Un  constat propre à confirmer l’incapacité de nos gouvernants à traiter les citoyens en adulte et leur propension à leur mentir sur l’autel de la paix sociale dans les banlieues, au risque de conforter les discours les plus extrémistes…si confirmation de la  rumeur bien sûr.
Certains commentateurs n’attendent pas cette confirmation pour s’engouffrer dans cette interprétation et faire part de leur colère à l’égard des autorités.
Quelques personnalités politiques (dont Nathalile Kokiusko-Morizet) interpellent le gouvernement.

La contre rumeur
A la rumeur s’oppose en effet  dès le départ un démenti, tant des services de secours (Croix Rouge, SAMU), de journalistes présents, que des autorités locales (Préfecture de l’Essonne) et nationales (direction de la SNCF, ministère des transports). Le démenti est tantôt catégorique (il ne s’est rien passé !), tantôt plus nuancé (souci de ménager une autre version, au cas où… ?). C’est ainsi que le ministre des Transports Frédéric Cuvillier reconnait que les forces de l’ordre ont été accueillies sur place « de manière un peu rude » !
Pour ce qui est des éventuels vols,  on met en avant que seul un cas de vol de portable a été signalé et donné lieu à une plainte. La préfecture de l’Essonne concède quant à elle effectivement un ou deux vols…
Mais on est loin des scènes de pillages et de caillassages décrits par des policiers et l’hebdomadaire Le Point.
A l’appui de ces démentis, certains commentaires ne manquent pas de pertinence : s’il y avait bien eu pillages et caillasses, on disposerait de témoignages multiples ; et surtout des vidéos, prises sur le vif, comme toujours dans de telles circonstances, commenceraient à circuler sur le net.
Quant aux témoignages de policiers, des doutes sont émis et des contradictions mises en évidence par la Préfecture de l’Essonne dans les déclarations du syndicat Alliance, notamment sur les horaires d’intervention des CRS tels que cités et qui ne caleraient pas avec le déroulé des événements.

Alors, rumeur fondée et  silence coupable des autorités ou manipulation consciente, avec  la volonté de stigmatiser encore une fois les jeunes de quartiers défavorisés.
Complot de silence des autorités versus complot d’extrémistes de droite ? la théorie du complot a encore de beaux jours devant elle… en attendant le résultat d’enquêtes qui à l’évidence s’imposent.

A suivre…


 Compléments au 31 juillet 2013 

Le parquet d’Evry a confirmé le 19 juillet l’existence de « vols » au détriment des victimes de l’accident et le dépôt de 4 plaintes. Certains caillassages spontanés ont également été décrits par des témoins.
Ces premières indications infirmeraient donc la thèse des "scènes de pillages et caillassages organisées" décrites par certains et trop vite propagées par la "rumeur". Mais elles fragilisent aussi singulièrement les démentis formels des autorités.
Elles relativisent l'indignation un peu rapide et parfois excessive de certains commentateurs mettant sur le compte de la "fachosphère"  ou d'une "récupération nauséabonde par la droite", l'évocation d'éventuels pillages.

En matière d’information, à l’inverse des codes du Far West, réfléchir avant de dégainer peut parfois  être sage…

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